Le siège de Géant

Le siège de Géant
Une merveille des monts Kabyè

vendredi 10 novembre 2017

Le feu est sous la terre

La voix morte de mon père grésille encore dans les oreilles. Je l’entends certaines nuits répéter ce qu’enfant, adolescent et adulte marié, il ne cessait de me dire.


Photo © NTM
La terre brûle de feu
Compte ton pied
La vie n’est pas calme
Va sur ses bords.
Ne vis pas rat
Porte la vigilance de l’écureuil
Il s’échappe au pas du chasseur.
La mort, tu ne peux l’éviter
Mais elle n’est pas gaie la mort d’une chienne
La fuite n’est pas lâcheté.
Vivant tu diras ta vérité
Vis sur les bords de la vie.
Ta femme tu la prendras ni un jour de marché
Ni un jour de messe ;
Je n’oublie pas un jour de fête.
Et n’oublie jamais : dans la femme
Dans la terre et l’argent
Vit la mort.
La nuit dors ton sommeil :
Le soleil se lève là.
Le méchant sème son mal quand le soleil ferme l’œil
Donc regarde bien et ne dors jamais le sommeil de personne.
Ne commence jamais une querelle ; n’en sois pas la fin
Va ton chemin
Et quand un jour tu seras parti
Tous te verront et t’entendront partout !




mercredi 8 novembre 2017

Il faut secouer le sort, dit-on!



Photo © NTM 13/09/2012
Je suis aux funérailles du chien :
Le soleil enrhumé est enfermé dans mon cœur.
J’ai accroché à mon front
Une toute petite étoile
Il faut secouer le sort, dit-on !
Depuis l’aube
Je suis venu m’asseoir au bord du sentier
Les yeux fondus, je regarde :
Par quel chemin viendras-tu
Par la main me prendre ?
Je regarde cette mer de croix sombres
Et mon cœur fendu déverse ses eaux
Quand reviendras-tu ?
Le soleil mort ne dort plus dans mon cœur
Les tentacules de ma mémoire
Te cherchent dans une présence effacée.
Au bord du sentier à attendre mon lot
Je suis aux funérailles du chien.


mardi 31 octobre 2017

La sève au fruit va

Oreille crèverait-elle, si bal
A Bafilo, bal à Lama-tessi  
En s’accouplant devenaient baux
Ou carnaval à cheval, carnavaux ?

Il faut des faits dire l’essentiel
Aux maux refuser remède superficiel
Car le soleil toujours à l’est se lève
Pareil du roi la mort au trône sonne la trêve.

La chose en Humanie, contrée entre folie
Amour dévasté, haine et cités démolies
Arriva. De donner l’eau à la terre le ciel refusait
Des mois et des lustres le refus durait.

Le soleil brûlait, être, animaux périssaient
Le sang à Sansané, à Sokodé, la furie du soleil déversait.
Dans la savane, solitaire, fi des pareils morts
Un arbre tint palabre : de ses parties en dépendait le sort.

Les attributs pervertis, le sceptre confié au fruit  
Le fit roi. Les racines louangèrent en mille bruits
Le souverain. Le tronc saprophyte fit allégeance
Et l’ignominie actée, hissa son élégance.

Personne au fruit ne rappela que de la terre
Par le sein des racines et les bras du tronc
La sève portée rend le fruit bon
Et qu’il est coupable de cette vérité taire.

En Humanie, contrée entre folie
Amour souillure, haine et espoirs démolis
Peuple nourricier au roi est assujetti
Et périt qui voulut cet ordre détruit.



vendredi 20 octobre 2017

Laideur

Ce devint corps divin ordure !
Il ne quitte pas ma mémoire
Celle du corps celle du cœur
Ce corps nu couché
Échelle du septième ciel
Il ne quitte pas ma mémoire
Celle des muscles celle de la langue
Ce corps étendu dans la terre ivre de son sang
Saccagé le crâne fracassé

Ascenseur vers les profondeurs de la terre. 
Une fleur remplace l'hideur
Sans confusion. 

mardi 17 octobre 2017

Poèmes hirsutes 5

Tous les chemins mènent à l’homme
Qu’on marche ou qu’on court à reculons
Il suffit d’aller de l’arrière
En courant sur les pas d’hier
On finit par retrouver
Sur les rives de sa raison
Un homme à tuer.
Hier fermente aujourd’hui
La raison déserte devant le muscle
Car tous les aujourd’hui sont déréglés
Tant pis !
L’homme est une île infestée
Où commence le chemin à cette île 
Quand les ruines sont l’avenir

Et l’espoir se bâtit sur la mort ?

vendredi 13 octobre 2017

Poèmes hirsutes 4

Je l’appellerai mon prochain chien
Mes dix doigts.
Mon bonjour fâche
Mes dix doigts levés
Portent haut mon cœur blanc.
Amoudna avait un corps vert
Pour cinquante francs elle me l’a offert
Frais cru
Je lui ai montré mes dix doigts :
Il est des marchés où je ne vais pas
Des marchandises que je n’achète pas.
Ton corps vert je le prends pour mes dix doigts.
La terre s’est refermée sur ma vérité
A mon enterrement est venue massivement
Seule ma mère l’amour à la bouche :
C’est mon idiot
Il s’en va les dix de ses mains ignorants ;
Ma tendre femme d’un juron a dit une oraison
Pressée de trouver preneur à son trésor ;
Mes enfants ont pris la peine au labeur
La vieille sagesse y a caché un trésor.
Le chef aveugle ne voit point mes dix doigts
Mon estomac cesserait ses sifflets
Le cimetière reculerait de plusieurs années.
Des tambours jouent tous les soirs
Mêlant aux pleurs
La flute nocturne des clitoris.
La nuit le cœur se terre sur la langue
Personne ne dort
Le diable est dehors
Personne ne ferme l’œil
La mort chasse derrière les cases
J’appelle mon père
Mes dix doigts
Qui va me mettre au monde ?
Ma mort est finie reste ma vie
Qui va me mettre au monde ?



jeudi 27 juillet 2017

Poème hirsute 3

La panacée
toute de mots
a bâti la cité
le peuple, une silhouette dans le noir
attend l'aube.